Les grandes aventures de Chuck Jones

Chuck Jones, ses cartoons font un carton
Chuck Jones. Un nom qui apparaît au générique de plus de 300 dessins animés. Bugs Bunny, Daffy Duck, Porty, Chadie, Bip-Bip et bien d’autres. Leurs aventures sont entrées dans l’histoire. A tel point que Warner vient de les regrouper dans cinq cassettes disponibles à la vente. Pour nous, Chuck Jones se souvient…

Chuck Jones

Comment avez-vous créé votre premier personnage ?
Tout comme une femme accouche d’un enfant ! Des personnages tels que Bugs Bunny ou Daffy Duck sont nés dans mon appartement. Nous nous réunissions avec mon équipe d’animation, et faisions des ébauches. En nous concertant, on remarquait que tel personnage pouvait être drôle, tel autre attendrissant… Après avoir décidé sur lequel nous allions jeter notre dévolu, nous faisions un story-board. C’est-à-dire que l’on dessinait plusieurs séquences que nous accrochions au mur pour les voir dans leur continuité. Bugs Bunny se devait d’être un héros tel que Burt Reynolds. Daffy ressemblait plus à Chaplin. Il y a des vainqueurs et des loosers. Ces différents personnages, placés dans un environnement donné, devaient être confrontés à des situations capables d’engendrer le rire. Beaucoup de gens nous donnaient des idées. Nous les exploitions par la suite. C’est ainsi que nous construisions nos films. Mais au départ, notre travail n’était, pas de bonne qualité, et nous avons eu la chance que les critiques n’existent pas encore. C’était le début de l’animation. Nous nous critiquions les uns les autres.
Aujourd’hui, des personnages tels que Bunssny, Betty ou Bip-Bip n’ont pas pris une ride. Imaginiez-vous qu’ils entreraient ainsi dans la légende ?
Oh non ! Je suis encore très surpris par leur impact auprès du grand public. Ils sont devenus des héros. C’est remarquable. En tout cas, nous ne l’avions pas prévu. Si on m’avait dit, il y a cinquante ans, qu’aujourd’hui je serais à Paris pour cette interview, j’aurais certainement bien rigolé !

Les empreintes de Chuck Jones

Pensez-vous en créer d’autres ?
Je ne sais pas. Je continue d’adorer ce que j’ai fait, mais je ne suis pas maître de mon imagination. J’ignore si, un jour, « j’accoucherai » d’un nouveau personnage. Cela peut se produire du jour au lendemain. Il est probable que, tôt ou tard, je me lancerai dans une nouvelle aventure. J’espère y parvenir avant que la mort survienne.
Y a-t-il des dessins animés que vous regrettez d’avoir fait, et à l’inverse, d’autres que vous regrettez de ne pas avoir fait ?
En fait, mes regrets ne vont pas dans ce sens. J’aurais •aimé que certains de mes films soient mieux tournés. Mais voyez-vous, lorsque j’en termine un, la seule chose que je remarque ce sont ses défauts. C’est aussi vrai pour les plus célèbres que j’ai réalisés. Mes erreurs sont mes principaux regrets. C’est comme lorsqu’un écrivain achève un roman et qu’il se dit : « Je ne peux pas faire mieux ». On peut toujours améliorer son travail…

Chuck Jones avec Coyote Dream

Ne pensez-vous pas que les dessins animés ont aujourd’hui un aspect trop industriel, et qu’ils manquent, par conséquent, de personnalité ?
Certainement. Tout ce qui nous vient du Japon, par exemple, se ressemble. Je n’appelle pas cela de l’animation. A mes yeux, ce mot signifie : « donner la vie ». Ce n’est pas ce qui est fait aujourd’hui. Les progrès techniques devraient aider les réalisateurs, leur permettre de faire de grandes choses. Les ordinateurs sont très utiles. Ils ne les utilisent pas comme il faudrait. Ça peut paraître contradictoire, mais les techniques d’animation n’ont pas changé en cinquante ans. J’aime à croire que les dessins animés survivront aux prochaines décennies. C’est un genre irremplaçable. La musique classique est toujours très prisée, ce qui n’empêche pas qu’il y ait de nouveaux styles. Je ne veux pas faire marche arrière et recommencer ce que nous avons déjà fait, mais j’aimerais que les gens qui font de l’animation aujourd’hui comprennent que nous tentions de donner vie à des personnages. Je veux qu’ils fassent de même. Jusqu’alors, ils ne l’ont pas compris. Que pensez-vous de l’initiative de Warner qui vient de sortir en vidéo vos plus grands dessins animés? C’est formidable ! En plus, aucune modification n’a• été apportée à notre travail. Ces cassettes permettent aux gens de posséder une véritable collection des dessins animés. Je suis très heureux d’être à Paris pour en parler. Je ne peux qu’approuver ‘cette initiative. C’est très flatteur.
Avec le recul, comment jugez-vous l’ensemble de votre œuvre ?
Je ne suis pas certain que l’on puisse être objectif en jugeant son propre travail. J’aimerais en être capable. Tout ce que je peux affirmer, c’est que j’ai fait beaucoup d’erreurs. Trop. Je me souviens que lorsque j’étais gosse, j’habitais à Hollywood. Je voyais souvent des gens tels que Chaplin ou Buster Keaton. Je voulais leur ressembler. Ces hommes ont fait leur travail honnêtement et avec beaucoup de simplicité. J’espère en avoir fait de même. Quand on me dit : « Vous êtes un artiste », je réponds : « C’est ce que vous pensez ». Je n’ai pas le droit de juger de ces choses.

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