Archive for octobre, 2014

Confession criminelle

dimanche, octobre 19th, 2014

Réglons tout de suite son compte, si l’on peut dire, à l’histoire. La ville de Detroit est en émoi. Un psychopathe assassine des prêtres et des religieuses sans aucune raison apparente, signant ses meurtres d’un chapelet noir qu’il dépose sur les cadavres. Le père Koesler, vicaire d’une paroisse et responsable d’un journal catholique, n’est pas concerné par cette série de crimes, mais s’engage à aider la police dans ‘ses recherches. Jusqu’au jour où le tueur fou vient se confesser à lui. Tiraillé entre le souci de ne pas trahir le secret de la confession et celui d’arrêter le massacre, Le père Koesler va s’efforcer de protéger les futures victimes. Il est le seul à savoir qui et pourquoi… Adapté du superbe roman d’Elmore Leonard, «Rosary murders», ce «confession criminelle» fait penser à la production récente de Jean-Jacques Annaud. «Le nom de la rose» et surtout, au remarquable film du mythique Alfred Hitchcock, «La loi du silence» avec Montgomery Clift. Car le centre, lenœud de l’intrigue, se situe dans le secret de la confession qui remet en cause les institutions et même la morale de notre société. Et Fred Walton s’en sort admirablement dans sa mise en scène, ménageant les susceptibilités religieuses tout en posant la question : que doit faire un prêtre dans une telle situation? Ce désarroi est rendu de – façon plus que convaincante par un Donald Sutherland parfait en tout point. Il est vrai qu’il a déjà enfilé la soutane dans «Petits meurtres sans importance» d’Alan Arkin et dans «Act of the heart» de Paul Almond. L’expérience, ça paye. Et il n’en manque pas le bougre (voir portrait par ailleurs) qui a trimballé sa grande carcasse (près de 2 mètres) et son indéniable talent dans des productions aussi célèbres que «Mash», «Klute», «Casanova» ou «Des gens comme les autres». «Confession criminelle» est son cinquantième film et il avoue : «Aujourd’hui, j’en suis arrivé à un point où je peux me permettre de choisir des films qui sont à mon goût. Celui-ci en estun. Il requiert des qualités d’acteur qui sont très importantes pour moi. De plus, Fred Walton est un excellent metteur en scène.» Ce n’est pas nous qui dirons le contraire. En effet, Fred Walton a su créer une atmosphère très particulière où se mêlent l’angoisse, la violence meurtrière et la réflexion. C’est le quatrième long métrage de ce «jeune» réalisateur qui a déjà à son palmarès «April fool’sday», «Hadley’srebellion» et, surtout, «Terreur sur la ligne» (prix spécial du jury au Festival d’Avoriaz 1980) avec Carol Kane et Charles Durning. Ce dernier est d’ailleurs le «confrère» intolérant et conservateur de Sutherland dans le film qui nous intéresse. Spécialiste des seconds rôles, il a fait une belle carrière avec des films tels que «Sœurs de sang» de Brian de Palma, «L’arnaque» de George Roy Hill, «Un après-midi de chien» de Sidney Lumet ou «Tootsie» de Sydney Pollack. Une distribution de choix, une histoire prenante et du suspense, tous les ingrédients sont réunis pour faire de «Confession criminelle» un des grands succès vidéo de cette fin d’année. S’il vous reste quelques doutes, comme le père Koesler, écoutez les différentes émissions de Skyrock qui font la part belle à ce Coup de cœur. Un coup de cœur à qui on donnerait le bon Dieu sans confession…

Michael Douglas

jeudi, octobre 9th, 2014

Nul autre que Michael Douglas n’aura mieux incarné, au hasard des toiles et des étoiles, ces satanées années 80 qui rendent l’âme. Chevalier des temps modernes opérant sur les champs minés du nucléaire («Le syndrome chinois»), du showbiz («Chorus line»), de la chambre à coucher conjugale («Liaison fatale») ou de Wall Street, le voici maintenant qui, dans (« Black rain » et sous la houlette de Ridley Scott, va voir au Japon s’il y est. Le fils de Spartacus lancé à la poursuite des samouraïs jaunes? Pas exactement D’abord, et en parfait «self-made sons qu’il est, le bougre a dépassé depuis belle lurette le cliché «Michael, fils de…». Ensuite, et dans ses nouvelles tribulations, Michael D (alias, ici, un flic vaguement ripou et très teigneux) ne nous la joue pas «An American in Japan», mais plutôt «Qui a peur de Rambolino Woolf ?» Les coups, il en donne (et en reçoit) comme s’il en pleuvait En souvenir, peut-être, du temps révolu, où lui aussi recevait son dû de coups fourrés généreusement distribués par les si «sympathiques» gens du métier. Plusieurs gros succès après (en tant qu’acteur ET producteur), Michael peut bien se permettre de leur adresser le plus senti des bras d’honneur. Au nom du père, du fils et du cinéma…

TOPSHOTS-FRANCE-FILM-FESTIVAL-CANNES«Black rain» est produit par Sherry Lansing et Stanley Jaffe, par ailleurs producteurs de «Liaison fatale». On prend les mêmes et on recommence?

Pas du tout. Je connais Sherry Lansing depuis très longtemps. Elle fait partie des rares personnes qui m’ont toujours soutenu quand, dans ce métier, on croyait peu en moi. Elle était déjà productrice à la MGM quand j’ai tourné «Coma», puis à la Columbia quand j’ai joué dans «Le syndrome chinois». Elle croyait dur comme fer à mon potentiel en tant qu’acteur alors que, dans ce métier, on ne me prenait pas au sérieux. Et cela, je ne l’oublierai jamais.

Etiez-vous à ce point affecté par ce manque de considération de la part de vos pairs ?

Absolument. Les gens me demandaient sans cesse pourquoi je m’obstinais à vouloir jouer la comédie. Ils ne comprenaient pas pourquoi un type ayant obtenu un Oscar en tant que producteur pour «Vol au-dessus d’un nid de coucou» voulait se compliquer l’existence en passant devant la caméra. Leurs réactions allaient de l’incrédulité au manque total de confiance en mes dons d’acteur. D’ailleurs, à cette époque, mon père a été une des rares personnes de ce métier à me soutenir inconditionnellement en me répétant sans cesse qu’il serait dommage que je ne m’occupe que de production et qu’il savait, pour m’avoir vu jouer à l’université, que j’avais de bonnes dispositions.

Revenons à «Black rain». Avez-vous participé,d’une façon ou d’une autre, à sa production?

Je suis associé à la production, mais c’est plus un titre qu’autre chose. Aujourd’hui que je gagne suffisamment d’argent en tant qu’acteur, je ne veux plus coiffer les deux casquettes. Cela représente trop d’énergie dépensée pour peu de satisfactions véritables. Les problèmes sont multipliés par deux et on ne profite pas du bon côté de ces deux fonctions.

Tout comme dans «Wall Street», vous incarnez,dans le film de Ridley Scott, un personnage apriori antipathique que les circonstances transforment en héros. Les héros,les vrais, sont-ils fatigués ou démodés?

Les «méchants» sont toujours beaucoup plus intéressants à interpréter que les héros traditionnels. D’ailleurs, vous remarquerez que les acteurs obtiennent leurs plus grands succès personnels quand ils incarnent des salauds ou des types pas très nets plutôt que des gentils. Les meilleurs exemples que je puisse vous donner concernent mon père et ses compositions dans «Le champion», «Les ensorcelés» et «Le gouffre aux chimères», ou encore Paul Newman dans «Hud». Jack Nicholson a bâti sa carrière en jouant ce genre de personnages. Dans ces circonstances, vous comprenez mon enthousiasme quand on m’a proposé de jouer le flic pas très réglo de «Black rain». Finis les rôles d’avocat ou d’homme d’affaires toujours en costume trois-pièces. Je tenais à incarner un homme physique et souvent violent, issu de la rue, où il vit et se bat.

Perfect Murder, AEn somme, vous troquez la panoplie du parfait yuppie, endossée lors de vos précédents films, contre une image davantage recentrée côté classe moyenne américaine…

Je ne sais pas ce qu’il en est en France, mais cette fameuse classe moyenne est une espèce en voie de disparition aux États-Unis. Il existe un nombre croissant de personnes qui travaillent depuis quinze-vingt ans et qui, à cause de la baisse de leur pouvoir d’achat, sont obligées de vivre au jour le jour et dépensent l’argent économisé pour acheter leur maison. Pour les besoins de mon rôle, j’ai passé beaucoup de temps l’an dernier avec des policiers de la brigade criminelle de New York. Je me suis rendu compte à quel point ceux-ci travaillent dans des conditions difficiles pour des salaires de misère. Je me souviens d’un flic de cinquante ans, récemment divorcé, qui dormait la nuit dans un sac de couchage dans le vestiaire de son commissariat. Tout cela parce qu’il n’avait pas les moyens de se payer un appartement. Des types comme lui, vous en rencontrez partout. Ils sont en colère, mais ne savent. pas contre qui diriger cette colère. Beaucoup d’entre eux se cherchent alors des boucs émissaires qu’ils rendent responsables de tous leurs maux.

En ce moment, le Japon fait figure de favori dans la catégorie des boucs émissaires les plus cités aux États-Unis.

Oui, et sans que cela soit totalement justifié. Nous avons utilisé ce facteur dans «Black rain», dont l’intrigue se déroule en majeure partie au Japon. Le choc des cultures entre le flic que j’incarne et son collègue japonais est aussi important que les nombreuses scènes d’action qui émaillent l’intrigue.

Justement, au cours d’une séquence de ce film, Kate Capshaw, qui y interprète une hôtesse de night-club, vous dit (parlant des flics japonais avec qui vous êtes supposé collaborer) : «Ils n’aideront jamais un gai gin (terme désignant un étranger) qui est, à leurs yeux, un être différent, un barbare». Connaissant les difficultés que l’équipe du film a dû affronter là-bas,pensez-vous que cette opinion résume également l’attitude des Japonais à votre égard pendant le tournage?

Contrairement aux États-Unis, démocratie conçue sur l’idée d’une pluri-identité ethnique, le Japon est à 98% composé de Japonais pure souche issus de tribus ancestrales et de 2% de Coréens. Je ne veux surtout pas avoir l’air de sous-entendre qu’ils vivent en circuit fermé, bien au contraire. Mais les problèmes que nous avons rencontrés étaient surtout dus à une certaine rigidité de la part de fonctionnaires qui ne comprenaient pas, par exemple, qu’on puisse s’écarter du planning qu’on leur avait préalablement soumis. Le fait de changer d’idée à la dernière minute et de décider que telle scène serait filmée à dix mètres de l’endroit prévu était source de complications inouïes. Il nous était très difficile de filmer dans les rues à cause du trafic et il fallait négocier pendant des jours entiers pour décrocher la moindre autorisation à ce propos. Il nous a également été très difficile de faire accepter aux acteurs japonais, entrevus avant le tournage, l’idée qu’ils devaient tous passer des essais afin que nous fixions notre choix. Pratique courante aux États-Unis ou en Europe, l’audition n’est pas encore passée dans les mœurs là-bas, les acteurs ayant peur de se faire rejeter. Mais ce qui importe, au bout du compte, c’est que les Japonais (acteurs ou techniciens) avec qui nous avons tourné se sont montrés des plus coopératifs à notre égard et nous ont accordé leur confiance.

Pour clore ce chapitre «spécial Japon», que pensez-vous de l’acquisition de la Columbia par la firme nippone Sony?

D’une manière générale, je suis très inquiet quand une compagnie américaine est rachetée par une firme étrangère, tout comme lorsque, au cours des années 60 et au début des années 70, l’Europe reprochait aux États-Unis leur politique d’acquisitions tous azimuts. La baisse du dollar aidant, nous sommes en train de vendre nos actifs immobilisés pour en payer les intérêts, et je pense que nous commettons là une énorme erreur. Mais le problème est différent en ce qui concerne le monde du spectacle. Il faut savoir que l’industrie cinématographique et télévisuelle est, après l’aviation, celle qui génère le plus de bénéfices à l’exportation. Plus de 50 % de nos revenus sont réalisés à l’extérieur des États-Unis. Sur la foi de ces données, vous comprendrez pourquoi je ne suis pas choqué qu’une firme étrangère achète un de nos studios. Mais je ne tolère cela que pour l’industrie du spectacle. Pour le reste, je suis contre.

Dans une grande partie de vos films, sont abordés des thèmes particuliers aux années 80. Comment jugez-vous un autre symbole de ces mêmes eighties, Ronald Reagan?

(Il éclate de rire à la seule évocation du nom de Reagan). Même sous la menace d’un flingue, je n’aurais jamais voté pour lui. Que voulez-vous que je vous dise de plus? Il n’était même pas un bon acteur! (Nouvel éclat de rire). Plus sérieusement, j’estime que les années qu’il a passées à la tête du pays ne nous ont rien apporté de bon. C’était un vrai bordel dont on mesure aujourd’hui l’étendue du désastre. Des fortunes énormes, incroyables, se sont construites ces dix dernières années pendant qu’il était au pouvoir. Et tandis que quelques-uns s’enrichissaient, d’autres, beaucoup d’autres, s’appauvrissaient. Cela a d’ailleurs largement contribué au rétrécissement de cette classe dite moyenne que j’évoquais tout à l’heure. Ces personnes se sont progressivement vues privées de tout rêve et. de tout espoir. Pourquoi pensez-vous que nous avons un si puissant problème de drogue aux États-Unis à l’heure actuelle? Parce que les gens n’ont plus le choix. Si, du jour au lendemain, vous supprimez des programmes sociaux qui ont fait leurs preuves, ne vous étonnez pas de vous retrouver ensuite avec un tas de problèmes sur les bras, dont, malheureusement, celui de la drogue.

Que ce soit dans «Blackrai», «Wall Street» ou «Running», les personnages que vous incarnez sont toujours mus par un désir de vengeance. Cette pulsion fait-elle partie de votre personnalité?

Absolument. La colère et le rejet ressentis au tout début de ma carrière sont toujours enfouis en moi aujourd’hui, ils constituent ma force de frappe et me font surmonter un tas d’obstacles a priori infranchissables. Mais je m’efforce d’utiliser cette pulsion à bon escient et de bien la canaliser sans tomber dans le côté revanchard ou l’agressivité gratuite. Je me suis tellement battu pour faire aboutir des films tels que «Vol au-dessus d’un nid de coucou» ou «Liaison fatale» en qui personne ne croyait, que je peux me permettre de savourer les moments où je rencontre ceux-là mêmes qui me prédisaient les pires échecs à l’époque et qui, aujourd’hui, ont le culot de m’affirmer qu’ils ont toujours cru à ces projets. Dans ce cas, le succès est vraiment la plus douce des revanches…